Trouble du stress post traumatique : comment renaître de ses cendres après une négligence émotionnelle pendant l’enfance ?

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Êtes-vous normal? Vous sentez-vous en décalage avec le monde?  

Pour ma part, j’ai fait le deuil de la normalité depuis bien longtemps. 

Si vous avez déjà vécu un stress post-traumatique, vous voyez certainement de quoi je veux parler. Cet article est pour vous. Je l’écris pour les survivants. 

Si vous êtes jeune parent, cet article vous aidera à comprendre l’importance d’être à l’écoute de votre enfant et de ses besoins.

Si vous êtes à la recherche d’une solution simple pour diminuer le stress, cet article n’est pas pour vous. Ce sujet étant complexe, il ne peut pas être réduit à quelques “bullet points” pour aller mieux. 

Mon objectif dans cet article est de vous donner des éléments de compréhension sur les liens entre le stress post-traumatique et la négligence émotionnelle pendant l’enfance.  

Puis j’aimerais vous montrer un chemin pour renaître de vos cendres. 

Je m’appuie ici sur le travail de Pete Walker, l’un des spécialistes sur le sujet des troubles du stress post-traumatique. 

D’où vient la peur ? 

Votre cerveau est le produit d’une adaptation à un environnement ancestral. 

A l’époque de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, lorsqu’un enfant était exposé seul à des prédateurs, sans la protection d’un adulte, cela provoquait en lui une réaction de peur instinctive et intense. 

La peur est la réponse saine à la séparation avec un adulte protecteur. Elle se produit en réponse à la menace d’un danger imminent de façon à ce que le nourrisson crie automatiquement afin d’obtenir de l’aide, même suite à une brève séparation avec les parents.

Dans de nombreuses familles dysfonctionnelles, les parents sont très centrés sur leurs propres problèmes. Ils sont dans l’incapacité d’être à l’écoute des besoins de leurs enfants. 

Au fil du temps, les enfants, dans l’incapacité d’établir une connexion rassurante avec un parent, développent des états anxieux voire dépressifs. 

La densité de leur souffrance émotionnelle les poussent à se dissocier en développant de l’agressivité soit envers eux-même soit envers les autres.

D’autre part, cette situation d’abandon chez l’enfant fait naître une critique intérieure. 

L’enfant se dit qu’il n’est pas à la hauteur des exigences de ses parents. Il va tenter alors de viser la perfection afin de ressembler à l’enfant idéal que l’on voit dans les séries de télévision.

L’enfant s’efforce alors de ne pas déranger ses parents de peur de les déranger. Cette négligence émotionnelle des parents conduit l’enfant à renoncer à la formation d’un moi. 

Ceci entraîne une grande une baisse de l’estime de soi, de la confiance en soi, ainsi qu’une négligence des besoins fondamentaux. 

L’enfant dans son développement va se construire l’image d’un monde hostile et dangereux. Il va avoir tendance à voir le monde sous le prisme de la peur, ce qui va provoquer des sentiments de phobie sociale, un des symptômes récurrents du trouble de stress post-traumatique.

Le piège du déni 

Le drame lorsqu’on a souffert de négligence émotionnelle, c’est qu’on est longtemps incapable de prendre conscience de ce qu’on a vécu. Le survivant peut même avoir tendance à idéaliser son enfance. 

Or toute personne souffrant d’un trouble de stress post-traumatique lié à une négligence émotionnelle doit comprendre afin de guérir à quel point ses parents ont manqué à leur devoir. 

La personne doit prendre conscience que les flashbacks émotionnels sont des traces de l’enfance. Ils sont des marques de la négligence émotionnelle infligée par les parents.

Le processus de conscientisation du déni de la personne lui permet de développer de la compassion pour l’enfant qu’elle était. Cette compassion pour l’enfant qui a souffert permet alors à la personne de prendre soin d’elle en s’engageant dans un processus de guérison.

Affronter ce déni peut parfois être une montagne. Pour ma part, j’ai longtemps pensé que j’avais grandi dans un famille idéale avec des parents parfaits. 

Lorsqu’on est enfant, on a tellement besoin de sentir que ses parents nous aiment qu’on a tendance à nier les négligences et abus divers. 

Lors de cette phase de prise de conscience du déni de la négligence émotionnelle, la personne peut parfois avoir tendance à minimiser sa souffrance. 

Elle pourra par exemple se dire : “Oui mais au fond, ce n’était pas si grave”, ou bien “Oui mais ce n’est pas complètement de leur faute…”. 

Je ne dis pas ici qu’il faut se victimiser mais plutôt voir la réalité telle qu’elle et d’accepter sa souffrance. 

Parfois cette violence lorsqu’elle est physique ne peut être que difficilement niée. 

Cependant lorsque la violence est émotionnelle et verbale, celle-ci est parfois plus difficile à reconnaître. 

L’enfer de la violence verbale et émotionnelle 

La violence verbale et émotionnelle est bien souvent difficilement reconnue par les personnes ayant reçu des traumatismes dans l’enfance. 

La plupart du temps ces personnes ne valident pas entièrement les effets paralysants que cette violence verbale et émotionnelle a pu avoir dans leur développement. 

Souvent elles peuvent avoir tendance à minimiser leur situation, en se disant qu’elles ont au moins eu la chance de ne pas avoir été battues. 

Cependant selon l’auteur et psychologue Pete Walker, la violence verbale et émotionnelle serait davantage dommageable que la violence physique. 

Être constamment visé par des critiques, des remarques désobligeantes ou des attaques, nuit considérablement à l’estime de soi innée pour la remplacer par la voie pernicieuse de l’autocritique. 

Cette violence infligée à l’enfant fait naître un sentiment de peur et de honte qui peut l’empêcher dans son développement de solliciter de l’aide. 

Les critiques perpétuelles, particulièrement lorsqu’elles sont accompagnées de mépris et de rage, modifient la structure du cerveau de l’enfant. Ces messages sont alors intériorisés par l’enfant. Et ces répétitions conduisent à la construction de voies neuronales de haine et de dégoût de soi.

Celles-ci peuvent se traduire par des phrases du genre : “Je suis bon à rien”, “Je suis vraiment nulle”. Ces critiques de l’enfance ont été si vives que le travail de désidentification peut être le combat d’une vie. A tout moment on peut alors être tenté de retomber dans l’autocritique. 

La négligence émotionnelle : la racine des troubles de stress post traumatique

La capacité d’un survivant à prendre la mesure des conséquences de la négligence émotionnelle est essentielle dans le rétablissement d’un trouble de stress post-traumatique. 

L’ensemble d’un processus de rétablissement peut être grandement ralenti en cas de déni ou de minimisation de l’expérience traumatisante de l’enfance.

De nombreuses personnes ont tendance à ne pas voir l’abandon émotionnel dont ils ont été l’objet en s’estimant heureux que cela n’ait pas été pire. 

Cet abandon émotionnel se manifeste lorsque l’enfant n’a pas eu un parent vers lequel se tourner en cas de besoin ou de danger. 

Cette négligence émotionnelle conduit alors les enfants à se sentir vides, sans ressources, sans grande valeur, et livrés à eux-mêmes.

Ce vide peut alors les conduire dans leur développement à rechercher un réconfort dans diverses formes d’addictions ou dépendance (drogues, sexe, alcool). 

Lorsque ces addictions sont commandées par des flashbacks émotionnels de l’enfance, celles-ci peuvent devenir de plus en plus autodestructrices.

Ainsi certaines compulsions alimentaires, la consommation de drogues, l’addiction au sexe ou le travail excessif, peuvent être des façons pour le survivant de se disocier de façon à ne pas vivre sa douleur intérieure. 

Neuroplasticité du cerveau, un chemin vers le salut

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J’ai longtemps été désespéré de ne pas pouvoir me sortir de cette sensation de vide. J’étais dans un état dépressif constant, incapable de me développer dans ma vie personnelle et professionnelle. 

C’est à ce moment là que j’ai découvert la neuroplasticité du cerveau, c’est-à-dire la capacité du cerveau à grandir et se modifier en créant de nouvelles voies neuronales plus saines, remplaçant les anciennes. 

Le neurobiologiste et spécialiste des sciences cognitives, Francisco Varela, a pu montrer les effets bénéfiques de la méditation sur le cerveau, permettant d’activer de nouvelles aires cérébrales. 

Je me suis engagé à cette époque dans la pratique de la méditation. J’ai découvert une pratique pour prendre soin de moi, retrouver mes émotions et me guérir. 

Pour ma part c’est en entamant ce travail que j’ai pu prendre la mesure de la négligence émotionnelle de l’enfance que j’avais vécue, et développer de l’auto-compassion là où j’avais tendance à développer du mépris pour mes états émotionnels douloureux.

Le potentiel de l’auto-compassion et de la bienveillance aimante pour renaître après un traumatisme

L’auto-compassion et la bienveillance aimante sont des pratiques et notions provenant de la tradition bouddhiste. 

L’auto-compassion 

L’auto-compassion se nomme karuna en sanscrit et signifie littéralement “l’action qui est faite sur nous”. 

Elle désigne un mouvement intérieur, une disposition de tendresse envers soi-même. Elle consiste en une ouverture du cœur, prêt à être touché par les aventures de l’existence humaine. 

Lorsqu’une personne vit un traumatisme, il est assez courant qu’elle se crée une forteresse autour de son cœur afin de ne plus être touchée, afin de ne plus souffrir. 

L’auto-compassion nous apprend à de nouveau être vulnérable. Elle permet ainsi une véritable rencontre avec soi, avec d’autres êtres vivants, la réalité et le monde. 

La bienveillance aimante

Cette notion se nomme maitri en sanskrit et signifie littéralement “l’amicalité”, “devenir ami avec”. Elle s’articule avec la notion de compassion consistant à devenir vulnérable. 

La bienveillance aimante est un entraînement à l’ouverture du cœur. Elle consiste à développer de la tendresse envers sa souffrance. 

Cette pratique de la bienveillance aimante n’est pas acquise. Comme toute pratique, elle nécessite un entraînement.

Dans le Bouddhisme, il est dit que la peur provient d’un profond manque d’amour. 

S’entraîner à la bienveillance permet de retrouver de l’amitié avec soi, avec les autres, et avec le monde de façon à ne plus avoir peur. 

Le chemin des guerriers

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L’un des ouvrages qui m’a montré un chemin vers la renaissance provient d’un maître et grand enseignant du bouddhisme tibétain, Chogyam Trungpa. 

Dans l’ouvrage “Shambhala, la voie sacrée du guerrier”, Chogyam Trungpa montre comment apprendre à vivre en guerrier, avec courage et joie, en prenant soin de soi et des autres.  

Il expose des enseignements de la sagesse traditionnelle tibétaine, destinés à dépasser la peur et vivre une vie authentique. 

Pour toute personne souffrant ou ayant souffert de troubles du stress post-traumatique, tout l’enjeu est d’apprendre à dompter sa peur, sortir du déni, développer de la compassion et de la bienveillance envers soi. 

Ceci n’est pas simple. Ceci prend du temps, demande du courage et de la discipline. C’est pour cela que ce chemin de rémission possède une dimension guerrière. Peut-être qu’il ne conviendra pas à tout le monde. Il reste néanmoins une voie des plus nobles. 

Je vous souhaite du courage pour affronter vos peurs et vivre la vie que vous méritez de vivre.

Avec toute ma bienveillance.

Samuel  



Sources et références : 

Pete Walker, 2013, Complex PTSD: From Surviving to Thriving

Pete Walker, Emotional Neglect and Complex PTSD

Marine Manouvrier, 2015, Le Bouddhisme pour les nuls

Chogyam Trungpa, 1990, Shambhala, la voie sacrée du guerrier 

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