Enfant intérieur : comment augmenter votre puissance ?

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Depuis que je pratique la méditation, il m’arrive d’avoir des discussions avec des personnes ayant vécu des traumatismes. Elles me racontent comment un jour, suite à un évènement dramatique, leur vie a basculé vers l’enfer. Je les comprends bien. 

En 2016 j’ai vécu un drame familial qui a réveillé de vieux démons. J’ai fait comme si tout allait bien. Après tout, ce genre d’histoire arrive très régulièrement… J’ai continué de bosser en essayant de garder la tête sur les épaules.

En réalité, ça n’allait pas. J’étais coupé d’une partie de moi-même. Je m’étais résigné à un désespoir tranquille en me disant qu’après tout, ma vie serait définitivement merdique.

Un soir de septembre 2016, je me réveille en sursaut dans la nuit, paralysé par l’angoisse.

J’étais terrorisé. La peur avait pris une ampleur telle que j’étais désormais incapable de vivre normalement.

Le lendemain, je décide de créer une vie différente, comme l’on part faire un voyage dans un pays mystérieux.

Je pars à la recherche d’une solution pour pouvoir continuer d’avancer.

C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me mettre à pratiquer la méditation. J’ai alors entendu la notion d’enfant intérieur, cette partie de nous-même possédant des ressources infinies.

Dans la communauté des méditants, des personnes parlent de “guérir l’enfant intérieur”. Or aujourd’hui je suis en désaccord avec cette formule. Car si l’enfant intérieur est cette partie de nous même super puissante, pourquoi prétendre pouvoir la guérir?  

Après 5 années de pratique de la méditation, je vais vous donner ma conviction sur cette notion d’enfant intérieur. 

L’objectif de cet article est de vous guider vers votre enfant intérieur afin de vous donner un accès à votre propre puissance. Il s’adresse aux personnes ayant été un jour coupées de leur énergie et qui souhaitent trouver de nouvelles ressources. Il s’adresse également aux personnes qui souhaitent affirmer davantage qui elles sont vraiment. 

Le mythe du fripon divin

“Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer”.

Friedrich Nietzsche

Dans l’ensemble des cultures de l’humanité, il existe des mythes faisant référence à la figure de l’enfant. Dans son ouvrage coécrit “Le Fripon Divin : le mythe indien », Carl Gustave Jung établit une typologie de ce personnage mythique du Fripon Divin à l’origine de la notion d’enfant intérieur. 

Le fripon divin ou farceur (trickster) est une créature mythique parcourant les légendes du monde entier. L’anthropologue Claude Lévi Strauss le désigne par le terme de “decepteur”, c’est-à dire celui qui trompe, qui trahit. 

Dans la culture amérindienne, le personnage du “ fripon divin” prend la forme du coyote. C’est cet animal rusé qui sait déjouer les pièges qu’on lui tend. 

Selon l’ethnologue et anthropologue Denise Paulme, le personnage de l’”enfant malin” est comparable à la figure du Petit Poucet. Cet enfant héroïque parvient grâce à sa ruse à déjouer les plans de ses parents et échapper aux griffes de l’Ogre. 

La mythologie africaine le désigne par le terme d’”enfant terrible”. Il est le personnage principal de Kirikou dans le film “Kirikou et la Sorcière”. Il est ce petit garçon à l’intelligence et à la générosité hors du commun sauvant son village des maléfices de la sorcière Karaba.

C’est grâce aux travaux de l’anthropologue Paul Rodin sur le “fripon” (trickster), que Carl Jung parvient à développer le concept d’enfant intérieur. Selon Jung, cette figure mythique serait un archétype, une composante de l’âme humaine.

Le paradis perdu

L’enfance est une période enchantée. C’est la perfection des commencements. Le temps est aboli, ce qui ouvre l’existence à un infinité de possibilités.  

Dans les récits de la Genèse, cette période de l’existence est symbolisée par l’insouciance. 

Adam et Eve vivent le parfait amour au paradis. Installés dans le jardin d’Eden, ils mènent une vie d’immortels, sans que le moindre obstacle ne vienne atteindre leur tranquillité. C’est lorsque Eve désobéit aux ordres du créateur en croquant dans le fruit défendu, que Dieu les chasse du paradis. Il les condamne alors à la dure vie de mortels.

L’être humain est habité par cette aspiration à revivre les origines. Selon l’anthropologue Mircea Eliade, la quête de l’extase mystique dans les religions archaïques est une tentative de retour au paradis. Dans “Le mythe de l’éternel retour”, Mircea Eliade explique comment  l’homme des sociétés primitives cherchent à recréer par les rites les origines du monde. 

Dans le christianisme, cette quête des origines du monde se manifeste dans la démarche mystique. Elle est cette “nostalgie du paradis”, cet état de liberté et de plénitude d’avant la “chute”. 

Cette quête des origines habitent également les grands écrivains. C’est ce que tente de retrouver Marcel Proust à travers l’écriture de son chef-d’œuvre, “À la recherche du temps perdu”. Marcel Proust y reconstruit le trésor de son enfance. 

La quête des origines se confond avec la nostalgie de l’enfance. Selon le philosophe Gaston Bachelard, “l’enfance est le puits de l’être”.

La conséquence de cette quête inexorable d’un paradis perdu est cette condition naturelle d’exilé propre à l’être humain. 

L’être humain porte le fardeau de son propre exil, chassé du monde parfait de l’enfance. C’est alors par le geste de la création qu’il renoue avec le trésor du paradis perdu.

Traumatisme : la naissance du monstre

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Coucher de soleil sur la vallée de la mort.

Avant de poursuivre l’article je tiens à m’expliquer sur ce titre un peu osé. Pour avoir vécu des traumatismes, je trouve qu’il n’y a rien de plus déprimant que d’entendre une personne s’exprimer avec un langage aseptisé pour vous parler de son expérience. 

Ce que je m’autorise à faire ici, c’est finalement ce qui m’a permis de m’en sortir : renouer avec le terrain fertile de l’imagination. 

Allons donc maintenant à la rencontre de ce qui se passe lorsqu’on subit un traumatisme. 

Lors d’un traumatisme unique ou répété, notre cerveau déploie un mécanisme de défense : la sidération psychique. 

Selon des témoignages de survivants aux attentats terroristes du Bataclan, l’état de sidération se manifeste par un arrêt de la pensée, une paralysie. 

Les victimes de prise d’ otage sont dans une incapacité de réagir, de crier, de se défendre ou de fuir. Lorsque l’organisme est confronté à un facteur intense de stress, il réagit par un mécanisme de survie : la dissociation. 

Afin de conserver son équilibre, l’organisme se dissocie de l’expérience traumatique. Il parvient grâce à un réaction bio-chimique à éteindre le feu émotionnel qui met en danger son équilibre vital. 

Cette dissociation a un prix. La mémoire de l’événement traumatique est alors emprisonnée dans une partie du cerveau (l’amygdale), sans qu’elle puisse être intégrée à la vie psychique de la victime. La dissociation peut alors entraîner des sentiments de mal-être, de vide intérieur, de terreur, ou de détresse. 

Selon Jung, le traumatisme oublié se venge alors sur l’individu en absorbant son énergie vitale, engendrant parfois des états de dépression graves. 

7 signes que vous avez vécu un traumatisme

Avant d’entamer cette section de l’article, sachez que si vous avez vécu un événement traumatique pendant l’enfance, vous n’étiez pas en mesure d’y faire face. Un enfant n’a tout simplement pas les ressources émotionnelles pour supporter un traumatisme. Il porte alors son expérience traumatique avec lui au cours de son développement, ce qui peut ensuite influencer l’ensemble des sphères de sa vie.

1 # La peur de l’abandon 

Cette peur se manifeste par une forme de co-dépendance à l’égard de certaines personnes. C’est un sentiment d’insécurité qui empêche la personne de développer des relations saines autour d’elle.  

2 # La honte d’exprimer ses émotions

La honte naît chez un enfant lorsqu’il est délaissé, livré à lui-même. Il intériorise alors le sentiment qu’il n’est pas digne d’amour. Lors de son développement, il apprend à cacher ses émotions telles que la colère ou la tristesse. Ces émotions n’ayant pas été accueillies par les parents, l’enfant apprend alors à les refouler. Cette inhibition des émotions peut entraîner des difficultés relationnelles importantes notamment dans un couple.

3 # Des difficultés à poser des limites

Lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où son espace personnel n’a pas été clairement respecté, ceci entraîne une forme de confusion dans son esprit. Ceci peut alors conduire à des difficultés à l’âge adulte à poser des barrières personnelles. 

4 # Le manque de confiance 

Cette insécurité fondamentale née de l’enfance peut produire la croyance que les gens ne sont pas dignes de notre confiance. Cela nous enferme dans une tour d’ivoir. La difficulté à faire confiance aux autres peut alors entraîner un manque de confiance en soi. 

5 # L’évitement des conflits

Un enfant ayant été délaissé, livré à lui-même ou violenté intériorise l’idée qu’il n’est pas digne de l’amour de ses parents. Cette idée produit une insécurité qui le conduit à vouloir plaire aux autres de façon excessive. Il aura tendance à constamment s’excuser d’être là et à éviter soigneusement le conflit. 

6 # Des difficultés à se concentrer

Le besoin d’éviter la confrontation à l’expérience émotionnelle douloureuse consomme une grande quantité d’énergie mentale. Ceci peut alors se traduire par des difficultés de concentration ou de mémorisation.

7 # L’addiction

L’addiction est très souvent le signe d’une expérience traumatique qui n’a pas été traitée. Cette étude suggère que l’exposition à des traumatismes, particulièrement pendant l’enfance, conduit à des comportements addictifs. La dépendance est une forme de fuite en avant de l’individu afin  d’éviter la confrontation avec l’expérience émotionnelle douloureuse. 

Renouer avec la puissance 

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L’enjeu pour surmonter un traumatisme consiste à recréer un dialogue avec soi-même au niveau émotionnel. Ce processus n’est pas magique. Il nécessite un engagement à vouloir se sortir de la m****.

La première étape est de reconnaître le traumatisme qu’on a pu vivre. Cela nécessite une certaine honnêteté et du courage. En effet, le premier obstacle pour une personne ayant vécu un traumatisme est le déni de sa propre souffrance. Ce déni est entretenu par la personne elle-même, son entourage, ainsi que la société. Il est tout à fait classique par exemple que dans une famille violente, l’un des enfants nie l’expérience de la maltraitance. 

La seconde étape consiste à reconnaître ses propres émotions et écouter ce qu’elles ont à nous dire. Il s’agit de recréer un dialogue intérieur au sein de l’affect. La manifestation libre de ses propres affects, dans une forme d’accueil et de bienveillance, permet de retrouver un chemin fécond vers qui nous sommes vraiment, ce que Carl Jung appelle le “Soi”.

Ce processus par lequel l’individu apprend à se débarrasser de ses cuirasses s’appelle l’individuation. 

Au fil du processus, l’individu recouvre son entièreté psychique. Il peut alors retrouver la part de lui-même dont il s’était coupé au moment du traumatisme. 

Une autre technique utilisée  dans le courant de la psychanalyse analytique est celle de l’imagination active. Cette technique consiste à donner une forme sensible aux images de l’inconscient et de s’y confronter ce qui permet un élargissement de la conscience. 

Les arts sont un terrain d’exploration royal, permettant de donner vie aux images spontanées de l’inconscient. Ils permettent de se relier avec la partie de soi qui a été recouverte lors du traumatisme. 

La pratique de la méditation de pleine conscience est également un chemin d’individuation et d’exploration très fécond des émotions. 

Elle permet de se relier avec un espace de sécurité fondamental et inaliénable. Elle permet de retrouver le trésor de ressources qui nous a un jour été volé. 

Pourquoi vous ne pouvez pas guérir l’enfant intérieur?

Finalement j’aimerais vous dire que l’enfant intérieur est là pour vous depuis toujours. Il est à l’image du Petit Poucet, celui qui trouve les solutions en cas de péril, ou bien à l’image de Kirikou, l’esprit rusé qui sait déjouer les tours de la sorcière. Il est cette part de vous même qui ne demande qu’à être activée pour vaincre les obstacles.

L’enfant intérieur est le détenteur de l’énergie vitale. C’est donc lui qui peut vous guérir. C’est lui qui peut vous aider à avoir moins peur et devenir un peu plus qui vous êtes. 

Afin d’accéder à l’enfant intérieur, il convient d’apprendre à l’aimer, à le respecter, l’écouter, lui accorder de l’attention. 

C’est en développant un dialogue intérieur fécond que vous parviendrez à renouer avec la puissance de votre enfant intérieur. 


Sources et références : 

Paul Radin, Karl Kerényi, Carl Gustav Jung, 1958, Le Fripon divin : Un mythe indien

Gaston Bachelard, 1968,  La poétique de la rêverie

Jean-Jacques Antier, C.G. Jung ou l’expérience du divin

Muriel Salmona, 2018, La mémoire traumatique : violences sexuelles et psychotrauma 

Lamya Khoury, Yilang L Tang, Bekh Bradley, Joe F Cubells, and Kerry J Ressler, 2010, Substance use, childhood traumatic experience, and Posttraumatic Stress Disorder in an urban civilian population

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