Plante et spiritualité : comment les plantes ont permis aux hommes de garder un lien avec le sacré ?

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Les plantes étaient là il y a plus de trois milliards et demi d’années bien avant notre arrivée. Elles pourraient très bien vivre sans nous. En revanche, nous leur devons la vie. 

Elles étaient tenues en haute estime par les peuples premiers qui vivaient en harmonie avec la nature. Et Charles Darwin les plaçait en premier plan dans l’ordre du vivant.

Quelle place les plantes ont joué dans le rapport des hommes à leur environnement et leur spiritualité? C’est ce que nous allons découvrir dans cet article. 

Et dieu créa les plantes…

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L’arrivée des plantes dans la Genèse

Aux origines de la création était le vert : une masse de cellules végétales.

Dans le récit de la création, Dieu crée le monde et les hommes en sept jours. Les plantes sont créées le troisième jour et les hommes le sixième jour pour parachever l’œuvre divine. 

Les études scientifiques semblent confirmer cet ordre. Les premières cellules végétales seraient apparues il y a plus de trois milliards et demi d’années et les hommes il y a deux cent mille ans.

Bien que dans les Saintes Ecritures le monde végétal soit relégué à un plan inférieur par rapport au monde animal, quelques évènements donnent aux plantes une dimension sacrée. 

Les deux références bibliques au végétal

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Dans l’Ancien Testament, Noé est chargé de sauver la vie sur terre du Déluge. Il embarque dans une arche avec des animaux de différentes espèces. Puis après son long périple, il libère une colombe afin qu’elle aille explorer les terres environnantes. Celle-ci ramène un rameau d’olivier. 

Le rameau d’olivier est le symbole divin que le déluge est fini. Il donne à Noé l’espoir d’une vie sur terre possible. 

Après la confirmation de l’information donnée par la Colombe, l’arche de Noé accoste au pied du mont Ararat. Et le premier acte fort du patriarche, une fois arrivé sur la terre ferme, est de planter une vigne. 

Malgré ces références faites au végétal, le christianisme n’a pas pour autant accordé aux plantes une place importante.

Elles ont au contraire pu faire l’objet d’une haine. Ainsi sous l’Inquisition, elles étaient associées à la sorcellerie. Certaines plantes telles que l’ail, le persil ou le fenouil étaient considérées comme des ingrédients démoniaques utilisés par les sorcières dans leur potion magique.  

En dehors du christianisme, d’autres peuples ont gardé une relation très privilégiée avec le monde végétal. Il s’agit des peuples indigènes d’Amériques du Sud et d’Asie.

Le lien sacré des peuples premiers avec la nature

Les peuples indigènes d’Amériques du Sud et d’Asie considéraient les plantes comme leurs ancêtres. Et selon leurs croyances, le fait que les plantes soient plus anciennes impliquait qu’elles soient plus abouties. Ces peuples entretenaient ainsi un rapport de respect avec les plantes.

Les peuples indigènes considéraient les plantes comme une source de connaissance des lois de la nature. Ils leur arrivaient de communiquer avec les plantes au travers de chants, élargissant les relations sociales au-delà de la sphère humaine. 

Certaines plantes psychotropes offraient des possibilités de communication du chamane avec le monde invisible. Une plante telle que l’ayahuasca tenait une place sacrée dans certaines tribus autochtones d’Amérique du Sud. Elle s’utilisait dans le cadre de cérémonies religieuses, de soins de guérison, ou de quête de vision. En provoquant des états modifiés de conscience, elle rendait possible la communication des ces peuples avec les esprits ou les ancêtres.

Des plantes pour l’unité dans la tradition taoïste

Dans le taoïsme, les plantes, de même que les êtres humains sont reliées à «quelque chose de beaucoup plus grand». Elles ne sont pas dissociées du reste du monde mais s’intègrent à un vaste écosystème, celui de l’univers. 

Cela implique que la santé, l’équilibre et le bien-être d’un individu ne peuvent s’envisager qu’en lien avec son environnement local et global. 

Par ailleurs, l’être humain lui-même, est envisagé  dans une dimension globale. Il est un microcosme à l’image du macrocosme. Ainsi chaque individu forme un tout composé d’un corps, d’un esprit et d’une âme. 

Le but alors des plantes toniques est de rétablir l’harmonie corps-âme-esprit de l’individu. Il est de rétablir l’unité de l’individu en vue du développement de sa santé et de sa spiritualité.

L’herboristerie dans le taoïsme s’intègre à d’autres pratiques et exercices visant à prolonger la vie et élever la conscience spirituelle.

3 plantes pour nourrir la vie

Dans le ciel il y a Trois Trésors : le Soleil, la Lune et les Étoiles. Chez l’Homme, il y a aussi Trois Trésors : le Jing, le Qi et le Shen

Dicton Taoïste

Selon la tradition taoïste, reprise et utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise, l’humanité est dotée de trois trésors (san bao) : le qi(氣), le jing(精) et le shen(神). 

Ces trésors soutiennent la vie d’un individu, représentant son potentiel physique, spirituel et énergétique. 

Il existe certaines plantes chinoises connues dans la tradition taoïste pour harmoniser ces trois trésors. Ces plantes possèdent toute une dimension sacrée, car elles relient l’homme à l’essentiel 

Le ginseng

Le Ginseng est l’une des grandes panacées de la médecine traditionnelle chinoise (MTC). Cette plante adaptogène est utilisée depuis des milliers d’années en Asie pour ses nombreuses vertus médicinales. Le Ginseng était connu pour harmoniser les trois trésors (le jing, le qi et le shen), ce qui explique son utilisation dans le cadre de pratiques spirituelles. De par son action favorable sur les capacités cognitives, les moines bouddhistes utilisaient cette plante pour accompagner leur pratique de la méditation. 

L’astragale 

De même l’astragale fait partie de ces plantes chinoises aux qualités exceptionnelles, harmonisant les trois trésors. Plante adaptogène, elle améliore les capacités de résistance de l’organisme à l’effort physique et mental. De par son action sur la sphère cognitive, l’astragale a la réputation de renforcer l’énergie spirituelle. 

Le reishi 

Le reishi est un champignon chinois aux qualités rares. Connu aussi sous le nom de champignon de l’immortalité, le reishi est vénéré dans bien des pays pour ses nombreuses vertus. Doté de propriétés adaptogènes, il améliore les capacités d’adaptation de l’organisme au stress. En médecine chinoise, le reishi est connu pour nourrir les trois trésors. Il permet de rétablir la connexion corps-âme-esprit. 

Le rituel par les plantes pour enrichir la vie

Un rituel est une cérémonie comportant des règles à respecter provenant de la tradition. Selon l’historien des religions, Mircea Eliade, ces règles font référence à un modèle idéal (archétype), provenant de temps immémoriaux. Il s’agit d’une imitation d’actes créateurs réalisés par des dieux mythiques, ce qui leur confère une dimension sacrée.  

Les rituels sont une dimension fondamentale de la vie humaine. Chaque moment de la vie est l’occasion d’une célébration chez les peuples premiers (naissance, passage à l’âge adulte, mariage, décès…). Ces célébrations permettent d’équilibrer la vie à l’intérieur de la communauté tout en s’accordant avec le monde extérieur.

Dans les médecines traditionnelles, les plantes relient l’individu à un principe supérieur. Elles agissent sur un plan physique mais aussi sur le plan spirituel. Chaque utilisation d’une plante se fait donc dans un espace sacré. 

En reliant l’individu à un principe supérieur, les plantes offrent la possibilité de créer une transformation intérieure. 

Dans la tradition taoïste, ce principe se nomme le «Tao». Il est la force fondamentale qui coule en toute chose dans l’univers. Il est responsable de la vie de l’ensemble des êtres vivants sur cette terre. 

Conclusion 

Les plantes dans la tradition des peuples indigènes ainsi que dans le taoïsme appartiennent à «quelque chose de plus grand». Elles aident les êtres humains à s’unir et à s’harmoniser avec le cosmos. Elles sont sacrées car elles relient l’être humain à l’essentiel. 


Sources et références : 

Frederika Van Ingen, 2020, Ce que les peuples racines ont à nous dire 

Stefano mancuso, 2018, L’intelligence des plantes 

Mircea Eliade, 1987, Le profane et le sacré

Ron Teeguarden, 1998, The Ancient Wisdom of the Chinese Tonic Herbs

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