Comment surmonter le stress en utilisant les enseignements du professeur Henri Laborit ?

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Qui ne s’est pas déjà senti désespéré après une dispute avec un collègue de bureau? Qui n’a pas déjà ragé en découvrant une nouvelle procédure pour l’obtention d’un document officiel? Qui n’a pas déjà eu envie de hurler après la confrontation absurde avec un serveur vocal? 

Pour ma part, j’ai une très forte intolérance au bruit. Lorsqu’une musique est un peu trop forte dans un bar, restaurant, ou un taxi, cela m’est rapidement insupportable. 

Lorsqu’on se retrouve confronté à des situations désagréables, nous avons deux options : lutter ou fuir. Et si aucune de ces options n’est possible, alors apparaît le stress. 

Le professeur Henri Laborit a étudié très précisément ce phénomène sous l’angle de la neurobiologie. La découverte de son travail au cours de mes études grâce à l’un de mes professeurs m’a beaucoup marqué. C’est donc avec une grande joie que je partage cela avec vous. 

J’espère que vous découvrirez de nouveaux horizons pour échapper au stress lorsque les situations semblent bloquées. Mon objectif est ici de vous donner quelques outils inspirés de l’enseignement du professeur Laborit, afin de vous conduire à l’action.

D’où vient le stress? 

Avant d’entrer dans l’enseignement du Professeur Laborit, il est nécessaire de préciser quelques points importants. Car aujourd’hui le stress est un mot assez flou englobant de nombreuses notions. 

Le concept de stress a été inventé par le médecin québécois Hans Seyle. Ce dernier définit le stress comme “une réponse du corps suite à des changements dans le but de s’adapter”. 

Hans Seyle distingue deux types de stress : 

  • Le stress positif. Celui-ci est agréable. Il favorise la performance et la mémoire. Il augmente également la vigilance et l’attention. 
  • Le stress négatif. Celui-ci provoque des maladies. 

C’est du stress négatif et de nature psychologique dont nous allons parler ici. 

Mais d’où vient ce stress? 

Le stress provient de la nécessité de sauver sa peau. Par exemple, lorsqu’une souris se trouve confrontée à un prédateur (un chat par exemple), elle va recevoir un stress psychologique. 

Sa réaction au stress est un état d’alerte. Ceci engendre une réponse à la menace qui lui permet de fuir, d’écarter le danger, puis une réaction d’adaptation. 

Ces deux réactions vont conduire à des modifications neurochimiques et physiologiques de réallocation des ressources afin d’assurer la survie de l’organisme. Heureusement ces réactions n’ont que peu d’incidence si elles permettent d’éliminer la présence du prédateur.

Mais que se passe-t-il lorsqu’il n’existe pas d’issue? Que se passe-t-il lorsque la fuite ou la lutte sont impossibles? 

Nous allons découvrir les 3 réponses au stress ainsi que leurs conséquences, au travers des enseignements du Professeur Laborit.

Les 3 réponses au stress 

Dans le film d’Alain Resnais, « Mon oncle d’Amérique », le professeur Henri Laborit présente les différentes réactions face au stress. Afin d’illustrer sa théorie, il présente une expérience dans laquelle des rats reçoivent des décharges électriques. Il décrit alors 3 situations : la fuite, la lutte et l’inhibition de l’action.

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La fuite. 

Dans le premier scénario, un rat reçoit des décharges électriques dans les pattes pendant une semaine en ayant la possibilité à chaque fois de fuire la cage dans laquelle il se trouve. Après une semaine, le rat est en excellente santé. 

Le rat, en évitant la punition, a réussi à se faire plaisir et maintenir son équilibre biologique. 

La lutte. 

Dans le second scénario, un deuxième rat est placé dans la cage cette fois-ci fermée. Les décharges reçues dans la cage déclenchent une lutte entre les rats. Cette réaction de lutte au moment de la décharge permet au rat de rester en parfaite santé au bout d’une semaine. Selon le professeur Laborit, la réponse aux décharges par l’action (la lutte) permet au rat de préserver ses fonctions vitales. 

L’inhibition de l’action. 

Dans le troisième scénario, le rat est placé seul dans la cage sans avoir la possibilité de fuir. Il se trouve alors dans une situation d’inhibition de l’action. Comme le système nerveux ne sert qu’à agir, cette impossibilité d’agir provoque chez lui des troubles biologiques graves conduisant à un affaiblissement de son système immunitaire. 

Le professeur Laborit considère qu’il en est de même pour l’être humain lorsqu’il se trouve dans l’impossibilité d’agir face à la menace. 

Lorsqu’une personne est exposée à un stress prolongé, ceci peut conduire à des maladies psychosomatiques telles que les ulcères de l’estomac, les hypertensions artérielles, l’insomnie ou la fatigue.

Cela peut-être le cas d’un salarié dans une entreprise lorsqu’il doit subir régulièrement les réprimandes d’un chef sans avoir la possibilité de partir. 

Les processus inconscients du stress

L’ensemble des mécanismes engendrant le stress sont inconscients. 

Selon le neurochirurgien, Paul D. MacLean, notre cerveau est composé de trois étages qui se sont formés au cours de l’évolution de l’espèce humaine : 

  • Le cerveau reptilien. Il s’agit de l’étage le plus primitif du cerveau. Il est responsable de notre équilibre biologique et de notre bien-être. C’est le cerveau qui nous pousse à agir immédiatement lorsque nous sommes confrontés à un danger.
  • Le cerveau émotionnel ou limbique. Il s’agit du cerveau apparu chez les mammifères. Ce cerveau vient se superposer sur le cerveau reptilien. Il s’agit du cerveau de la mémoire et des apprentissages. Ce cerveau va parfois entrer en conflit avec le premier. Lorsqu’une pulsion à agir se manifeste, celle-ci peut entrer en conflit dans les systèmes neuronaux avec les voies de l’apprentissage, reçues lors de notre éducation. Si cette pulsion à agir est interdite par la « socio-culture », cette inhibition de l’action sera à l’origine de désordres biologiques que nous avons pu voir précédemment.
  • Le “cerveau humain” ou néocortex. Celui-ci est le résultat de la 3 ième phase de l’évolution de l’espèce humaine. Il permet le raisonnement logique ainsi que le langage. Lorsqu’un conflit neuronal remonte à l’étage cortical, celui-ci se manifeste par une souffrance inconsciente qui est le résultat d’un problème non résolu de l’étage inférieur. Ce problème sera selon l’expression psychanalytique, « refoulé ». 
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Comment réagit-t-on à l’inhibition de l’action?  

L’agressivité et la violence

Parmi les moyens d’échapper au refoulement et ses nombreuses conséquences psychosomatiques, Henri Laborit explique que l’agressivité est une solution que trouve l’organisme pour résoudre les conflits non résolus. 

Cette agressivité est dirigée contre-soi (comme dans le cas du suicide), ou bien contre les autres. 

Dans le second cas, l’agressivité défensive se manifeste lorsque l’individu ne peut pas faire autrement. Et bien que ce comportement soit la plupart du temps inadapté et inutile (il n’empêche pas à l’individu de subir la punition), il lui permet en agissant de maintenir son équilibre vital. 

La fuite dans l’imaginaire

L’imaginaire est cette capacité de l’Homme à ajouter de l’information et transformer son environnement.

Elle offre une solution à la personne névrosée d’agir et soulager sa névrose. Dans ce cas, l’individu n’est plus dans une lutte contre un environnement hostile mais dans une fuite, lui permettant de conserver son équilibre en sortant de son aliénation environnementale.

Selon Henri Laborit dans son livre « La colombe assassinée« , la toxicomanie est également une solution que trouvent certaines personnes pour supporter une vie qui leur est insupportable. Cela va sans dire, mais je précise ici que je ne recommande en aucun cas la consommation de drogues. 

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Comment agir pour éviter le stress? 

Un certain nombre de thérapeutiques ont découvert des moyens d’aider les personnes inhibées à agir. L’ensemble des ces thérapeutiques accordent une place essentielle au cerveau droit, celui de la créativité. Voici quelques thérapeutiques et activités utilisées pour apprendre à lever cette inhibition à l’action:

  • Le cri primal. Cette thérapie est peu connue en France. Elle a été inventée par le psychologue américain Arthur Janov en 1967. Cette thérapie consiste à expulser l’ensemble des affects et représentations réprimés de l’individu au travers d’un cri. Ce cri primal active le retour du sujet à la vie. Selon de nombreuses études, cette thérapie serait révolutionnaire. Elle permettrait d’offrir de nouvelles perspectives de guérison aux personnes souffrant de dépression, d’insomnie, d’inadaptation, d’addiction ou de phobies.
  • Thérapeutique de groupe. Les thérapeutiques de groupe permettent aux participants de verbaliser leurs émotions afin d’éviter le refoulement. 
  • Thérapeutique d’expression corporelle. Les thérapeutiques d’expression corporelle permettent à la personne de renforcer sa vitalité psychique et corporelle, nourrir sa créativité, élargir son niveau de conscience, et s’ancrer dans le moment présent.
  • Le jogging ou le sport en général. Le sport permet également de diminuer le stress et de réguler les émotions. 

Comment être bien dans sa peau et dans sa tête? 

Selon l’éclairage du Professeur Laborit en neurobiologie, on peut dire que l’action dans la vie personnelle ou professionnelle est essentielle. Elle permet de conserver l’équilibre biologique et le bien-être. Lorsque celle-ci est inhibée, comme nous avons pu le voir dans l’expérience sur les rats, cela engendre des désordres biologiques et des névroses. 

Mais comment donc agir lorsque l’environnement social nous en empêche? 

Comment faire pour conserver son équilibre et son bien-être lorsque les issues sont bloquées? 

Il reste alors l’engagement dans un processus imaginaire permettant de sortir de l’aliénation de la société. L’imagination permet à l’Homme de s’accomplir pleinement en s’engageant dans la transformation du monde. 

Vous aviez toujours rêvé d’écrire, de peindre, de jouer de la musique ou de créer votre entreprise? C’est peut-être le bon moment pour passer à l’action.


Sources et références scientifiques : 

The Stress of Life, 1956, Hans Selye

Henri Laborit, 1976, Éloge de la fuite 

Henri Laborit, 1983, La colombe assassinée 

Alain Resnais, 1983, Mon oncle d’Amérique

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